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L'histoire : Comme tous les vendredis soirs, la famille Ménard se retrouve « Au Père Tranquille », bar géré par Henri, le fils, et son employé, avant de se rendre au restaurant pour y dîner tous ensemble. C'est leur rituel bien huilé pour maintenir la cohésion d'une famille composée de personnalités bien trempées. Mais ce soir là, rien ne semble devoir se passer de façon habituelle. Pour commencer, la femme d'Henri, pièce du puzzle, est absente. Ensuite, le jour choisi tombe le jour de l’anniversaire de Yolande…
Trois grains de pouissière suffisent à débrider les humeurs et déclencher des réactions innatendues...
Alors les esprits s’échauffent, les secrets font surface, et les rancœurs éclatent au grand jour … pour notre plus grand plaisir
J'échangeais récemment avec une habituée de longue date du festival off. Elle se plaignait de ce que les mêmes pièces étaient souvent reprises. Cela m'a amenée à me poser la question de la continuité par la reprise des succès en théâtre.
Après tout, tel un amateur d'Opéra, que fait un amateur de théâtre sinon voir et revoir les mêmes enjeux ou les mêmes Molière, Shakespeare, les grandes passions universelles mises en musique en 3 ou 5 actes?
Le tout tricoté avec l'air du temps. La tragédie grecque et la guerre, la tragédie familiale et Alzheimer, ou bien une trahison.... Il en va de même en comédie, en tragédie ou en dramédie, même dans le théâtre de recherche, qui prend le temps de creuser, on voit depuis des siècles revenir Hamlet, les Richards, le Tartuffe, et autres Antigones, puis les plus récents Ubu....
En ce qui me concerne, le moindre changement de ton, de décor, de jeu, de vision, me permet de voir dans la "reprise" plus ou moins maquillée ou repensée de nouvelles perspectives et de nouveaux enjeux.
Pour le théâtre populaire, censé être rapidement accessible à toutes et tous (Monsieur Vilar se retourne-t-il dans sa tombe en comprenant que nous ne sommes pas tous soumis à sa définition du "bon populaire") tout en permettant le recul et l'analyse fine, quelque chose de lancinant, de berçant, de rassurant me saisit parfois à la vue de nouvelles propositions, d'archétypes féconds issus de la vie de tous les jours. Et s'il y a bien des auteurs qui ont réussi ce mélange de rire et d'analyse subtile des enjeux contemporains, familiaux et intimes, ce sont Jaoui et Bacri.
J'ai adoré revoir cette proposition rigoureuse et chaleureuse d'Un Air de Famille. Comme j'aurais pu chanter du Brel, du Brassens, du Stromae, du Juliette et autres chansons qui ne cèdent rien au temps et résistent aux clivages sociaux, je connais quasiment les paroles par coeur, le ton de chaque personnage du film ou de la pièce, et les enjeux me saisissent toujours par leur pertinence.
C'est une de ces pièces qu'on peut revoir au moins une fois par an. Car nous avons tous dans nos familles ces personnages merveilleusement écrits et extraits de l'expérience du vrai et les artistes qui les jouent et les créent font instantanément partie de notre famille de coeur.
Oui, il est tout à fait pertinent de rejouer la pièce Un air de Famille aujourd'hui.
Plusieurs raisons expliquent sa longévité : les thèmes restent très actuels : tensions familiales, non-dits, frustrations, rapports de domination, difficultés de communication. De plus l'écriture d' Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri repose davantage sur l'observation des comportements humains que sur des références datées et la pièce offre des rôles très riches pour les comédiens et un équilibre efficace entre comédie et émotion. D'ailleurs, le public continue à reconnaître dans les personnages des situations familiales familières, ce qui maintient son pouvoir de résonance. Et le sentiment de communion qui règne dans la salle et nous lie aux comédiens est absolument jouissif et ....franchement bon pour le moral !
"Comme une chanson populaire...."
J'ai adoré voir cette version, grand succès 2025, que l'on m'avait cent fois recommandée.
Je suis sûre que vous aimerez la voir, soit pour saisir les nuances, soit pour revivre l'expérience originelle et la stupeur des premières fois. Car c'est une très bonne version.
La distribution réunit des comédiens expérimentés, notamment Alain Chapuis, connu du grand public pour son travail dans la série télévisée Kaamelott (le tavernier, pour les initiés). La mise en scène est assurée par Jean-Philippe Azema, réputé et respecté, qui interprète également l'un des rôles principaux.Tous les autres comédiens sont merveilleusement choisis et littéralement possédés par leurs personnages pourtant riches en nuances.
Quelle bonne idée de venir au Théâtre des Corps Saints : c'est une salle reconnue du Off, d'une capacité d'environ 120 places, adaptée aux comédies de troupe où la proximité avec le public renforce l'efficacité des dialogues et des situations. Tout autour du théâtre, en sortant, les spectateurs trouverons nombre de petits restaurants ou bars qui leur rappelleront "Le père transquille".
En conclusion, même si on la connait déjà, la pièce de Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri continue de fonctionner parce qu'elle repose sur des mécanismes familiaux intemporels : rivalités fraternelles, frustrations, maladresses affectives et non-dits. Ces thèmes nous parlent encore, 30 ans après, seul ou en famille.
Un régal !

