LA GUERRE DES EMEUS: presque génial

 




La bonne idée  en deux parties :

1/Reprendre une anecdote historique oubliée et de peu d'importance, en extraire l'absurdité politique et historique

La guerre des émeus selon le nationalgeographic

2/Laisser deux comédiens fabuleux qui  plus est très doués en improvisation s'emparer du sujet et le presser comme un citron à l'aune du monde contemporain et de ses nouvelles problématiques.



OUI

C'est une équation sûre qui garantit par avance le succès de l'entreprise. Néanmoins reste une inconnue qui peut affaiblir l'équation . Ici ce sera le sentiment final qu'il s'agit d'un patchwork de trouvailles aux plateaux ou en soirée par deux types très intelligents davantage que d'une écriture à quatre mains.

MAIS

Normalement je n'écris rien rien lorsque j'ai des réserves au sujet d'un spectacle, alors bien évidemment si je fais l'effort d'écrire quelques lignes pour parler le La Guerre des Emeus, c'est bien parce que son succès m'a amené à le voir (tu vas ADORER) et qu'effectivement malgré ces problèmes d'écriture et un choix musical esthétisant qui semble plaqué (Denez Prigent et Lisa Gérard, ainsi que Léonard Cohen, hum, ...il faut sacrément argumenter le choix artistique, là, parce qu'il ne va pas de soi).

Après avoir entendu des interviews des deux comédiens dont l'un dit avoir l'impression qu'improviser c'est écrire, je comprends ce qui a pu me titiller dans la compilation de moments disparates assemblés sur un fil rouge. Ce n'est pas le talent qui manque mais peut-être la vision et un peu d'expérience.

Re-OUI 

Bon, fini les reproches, voici l'admiration :

Les deux comédiens jouent tous les personnages d'une épopée ridicule avec un art consommé de la précision comme du burlesque. Le texte reprend des thématiques engagées que le sujet de la guerre soulève sans effort. Ils évoquent par des saynettes tantôt hilarantes tantôt semi-dramatiques les ridicules du patriarcat, la condition de la femme à travers Margareth, l'épouse du soldat naïf, l'homophobie et surtout le virilisme à travers le choix permanent du vocabulaire militaire qui abuse du mot couilles et rappelle souvent "qu'on est pas des tapettes". D'autant que Margareth, l'épouse laissée au loin à la ferme, devient elle une vraie combattante. 

Car s'il y a bien une dimension admirable dans la pièce c'est la profondeur de champ qu'elle permet au spectateurs : les dirigeants, infatués, virilistes et stupides, les combattants, avec un duo antinomique entre un macho peu cérébral et un naïf pas si bête et plutôt gentil même, voire par moments doué de bon sens, mais aussi des scènes de couple entre le soldat naïf et son épouse Margareth. D'autres personnages, font vivre une communauté de 1932 contre une communauté plus progressiste affirmant les valeurs défendues par le spectacle.

L'enchainement de tableaux alertes mettant en scène deux personnages à la fois sur des problématiques différentes est franchement judicieuse jusqu'au moment où Margareth se voit convoquée à une improbable assemblée de rebelles qui veulent lui faire dire "quelle connerie la guerre", sans plus, et surtout bien face à la scène, alors qu'elle se révèle plutôt marxiste et féministe ou anarcho-féministe et n'a manifestement rien à apprendre de ces hurluberlus. Vous aurez compris que j'ai trouvé la scène un peu fatiguée, bien que le sujet et l'idée centrale soit intelligents et bien sentis si l'on considère qu'une fois encore, le personnage féminin est extraordinaire, joué par un comédien dont la plasticité vocale est un vrai trésor. L'effet comique tient essentiellement au fait qu'il ne cherche pas à cacher sa moustache et on approche de l'effet ZAZ (NdA : les films comme "Y'a-t-il un pilote dans l'avion") et du Monty Python Flying Circus par moments tout en y décelant un clin d'œil engagé de bon aloi.

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Je crois avoir ri au bon moment. Je crois sincèrement que ces deux garçons sont des perles à surveiller. Mise en lumière et mise en scène m'on parues irréprochables. L'homogénéité de l'écriture, la cohérence des hiatus anachroniques humoristiques et le travail sur la bande sonore (au niveau des ajouts seulement), me semblent les seules choses qui méritent quelques nouvelles séquences en résidence malgré le succès.

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Pourquoi? Parce qu'à mon avis , c'est une bonne pièce à laquelle il manque peu pour qu'elle soit géniale.

Il est vrai qu'à Avignon, les compagnies sont soumises à nombre de comparaisons tant au niveau de la saison elle même qu'au niveau diachronique, car nous avons nombre de découvertes à l'esprit, nombre d'éblouissements et de déception.

A la question : "Pour qui elle se prend, celle là, moi j' ADORE !"

Elle répond: tant mieux pour toi. Moi j'ai simplement "aimé" et je recommande, et j'irai voir de nouveau la pièce si elle repasse l'année prochaine. Hin hin, j'irai voir si je me suis trompée ou s'ils ont fait évoluer quelque chose. Et surtout je vais suivre leur travail.


Ecrit et joué par Antoine Le Frère et Florent Oulkaïd

Élisa Mabit - Mise en scène
Damien Reynal - Mise en scène
Antoine Le Frère - Interprétation
Florent Oulkaïd - Interprétation
Coriane Alcalde - Régie
Stéphane Audran - Photographie
Olivier Barreau - Production
David Carnel - Communication
Julie Coffinières - Costumes
Alexandra Dugot - Diffusion
Cassandre Germany - Création lumière
Alex Lefort - Création son
Margot Leroy - Administration
Dominique Lhotte - Presse
Benjamin Mornet - Scénographie
Clément Pouillot - Direction
Athos Rouesné-Coffinières - Dessin

La compagnie 

Teaser

Réserver

du 3 au 25 juillet  relâche les 9, 16, 23 juillet
19h45  1h10
LA FACTORY  - 3
Salle : Salle Tomasi
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Tout public à partir de 13 ans
Avertissements : Présence d'armes à feu / armes blanches








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