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dimanche 31 mai 2026

L'HOMME QUI NE VOULAIT PAS ETRE UN HEROS : SPLENDEUR ET SOLITUDE DU LANCEUR D'ALERTE




Le spectacle est joué à la Factory, salle Tomasi. C'est en soi un gage de qualité. Si vous avez déjà aimé des spectacles donnés dans cette salle, vous aimerez sans doute les partis pris de mise en scène de cette pièce de théâtre.
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En effet, l'on se retrouve plongé très rapidement dans une atmosphère sombre et bleutée qui sied merveilleusement à l'ambiance thriller et au sujet de société.
Ce n'est pas un biopic frontal et chronologique de Snowden, surdoué en informatique et surtout agent de renseignement habilité au niveau le plus haut, après avoir tenté de servir son pays à la guerre. 
La charpente de la pièce, comme l'indique le titre, c'est la "rencontre" ultra risquée et ultra secrète entre Snowden et une journaliste éprise de liberté.
A partir de là, on va découvrir comment un homme épris de liberté, persuadé que son pays est le champion qui porte celle-ci, tombé de haut dans une réalité qui le plonge dans de nombreux dilemmes.
Des scène de la vie de couple, mais aussi d'interrogatoire entrecoupent les entretiens que Snowden donnent à la journaliste dans un lieu tenu secret en Asie.
On découvre ainsi un Snowden pris en tenailles entre l'amour de son pays, sa vie confortable et le désir de révéler sa découverte.

Même si désormais Snowden est presque aussi connu qu'Assange, je préfère ne pas révéler trop d'éléments tissant l'intrigue, car au moment pivot de la pièce, dans ce temps théatral, Snowden n'est pas encore au bout de son périble. Ceci n'est pas un banal biopic et pourtant vous en apprendrez beaucoup.
Il faut d'alleurs rappeler qu'à la différence d'Assange, Snowden n'est pas un hacker ni un rebelle né. Ce sont les circonstances qui transforment ce patriote fils de militaire en ennemi d'état.
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La scénographie et le travail sur la lumière expriment bien la sensation de danger qui étreint Snowden et son amie, ainsi que les costumes au moment des interrogatoires.
C'est une esthétique résolument contemporaine qui irrigue la situation et le propos sur la liberté et le prix à payer pour les lanceurs d'alerte.
C'est assurément un spectacle engagé qui fait la part belle au ressenti autant qu'aux faits et les comédiens, tantôt en citoyens ordinaires, tantôt en héros malgré eux, servent avec habileté l'ensemble qui habite l'espace scénique autant que notre cerveau sommé de penser et de nous extraire de la vulgate et du prêt à penser qu'on nous sert comme de la bouillie.
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C'est une pièce où la violence n'est pas exhibée mais exprimée, en ce sens des adolescents pourront la voir avec intérêt afin de découvrir une partie des enjeux de la surveillance citoyenne, telle qu'elle s'exerce aux Etats-Unis bien avant Trump déjà,  mais pas seulement là bas. Tous les éléments propres à construire de nouveaux schémas de tragédie contemporaine se retrouve dans ce théâtre conscient qui n'oublie pas de rester oeuvre d'art tout en partant du réel.
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C'est un bel hommage à ceux qui prennent tous les risques pour mettre à jour les scories totalitaires de certains états qui disposent désormais de technologies très puissantes.
La pièce de Sylvain Bastonero est un très bel hommage aussi en ce qui concerne Flore Vasseur, journaliste, femme d'affaire, documentariste, romancière qui s'est particulièrement intéressée à Snowden et au phénomène des lanceurs d'alertes. En ce sens, s'en faisant le relais, on peut la considérer comme une lanceuse d'alerte elle-même poussant loin l'investigation à plusieurs reprises afin que nous sachions.
AA

documentaire de Flore Vasseur


 Date du Festival Off Avignon : du 4 au 25 Juillet 2026 (relâche les jeudis : 9, 16 et 23 juillet)

Horaire : 14h40
Lieu : La Factory, salle Tomasi
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Durée : 1h20
Genre : Théâtre Contemporain
Distribution : De Sylvain Bastonero, Avec Sylvain Bastonero, Guillaume Blanchard, Cyrielle Buquet, Célya Humann, Jérémie Scheffler, Alexis Tran



mardi 2 juillet 2024

1984 : une expérience inédite sinon interdite

1984 en 2024



Vu au théâtre de l'Oulle (La Factory)


Le Collectif 8 a une spécialité dont je m'étonne qu'elle ne soit pas plus répandue : c'est une compagnie qui mêle numérique et théâtre. On ne s'étonnera pas qu'une compagnie ainsi à l'avangarde se soucie de trouver des pièces à la hauteur du défi qu'elle s'impose. Ainsi, 1984, dystopie avant l'heure, critique d'un temps que nous n'avons pas connu, est un spectacle qui s'attache à la fois à mettre en valeur un chef d'oeuvre de la littérature, à l'adapter au format théâtre, mais aussi, par le biais des ingéniéries artistico-digitales, de mettre en avant tout ce qui ressort de problématiques actuelles.

La forme sert le fond qui sert la forme qui sert le fond et ainsi de suite.

Deux regards sont prégnants et s'enroulent, spiralant la narration en volume : l'un s'attache à la dénonciation des mécanismes du totalitarisme en jouant de l'horreur jusqu'à l'absurde, à travers la peinture d'un monde qui décide ce qui est vérité et ce qui ne l'est pas, mais aussi à travers la mise en place d'une machination qui prétend détecter les "rebelles", l'autre nous amène à constater les effets dudit totalitarisme sur les individus, à travers l'histoire d'amour qui unit les deux protagonistes. Gaële Boghossian a travaillé à l'adaptation de l'oeuvre en choisissant des parties du texte qui amènent à saisir l'ensemble de 1984 -le livre- sans le développer jusque dans les détails sans toutefois dénaturer l'original. Elle a recréé une dramaturgie en tissant l'intime et l'universel sans trahir la trame initiale. Alors que d'autres compagnies ont choisi de multiplier les personnages, elle concentre toute l'intrigue sur 3 individus sans trahir l'essence du roman ni de la réflexion qu'il propose. Elle en extrait en quelque sorte la substantifique moelle.

Son comparse, Paulo Correia à la fois acteur et spécialiste du digital a lui, créé techniquement l'univers passé au tamis de la vision de la metteuse en scène.

Ainsi, à aucun moment un acteur n'est remplacé par une vidéo ou un hologramme, sur la scène, cela reste du théâtre au sens d'art vivant. Les dispositifs scéniques sont plutôt là pour approfondir le champ et nous permettre d'accéder aux avantages d'une réalité vicariante sans nous déposséder de la chair, de la peau, de l'os. 

Ce sont donc trois comédiens qui interprètent les 3 personnages. Ils sont captifs d'une sorte d'installation technique dont les ressorts sont imperceptibles mais les effets spectaculaires, puisque nous les voyons évoluer dans une sorte de lieu où ni le temps ni l'espace ne semblent être des axes pertinents pour suivre l'intrigue.

Entourés de colonnes de données à la façon de Matrix et de toute représentation de ce qui peut s'apparenter à un "Big Brother" contemporain, ils errent dans un monde qui s'acharne à leur faire perdre tout repère. Un monde de doute anxyogène et d'insécurité qui les empêche de stratégiser leur envol....

Et ils nous entrainent dans leur vertige.

Ce sont eux qui ont toute notre attention. Car c'est bien à eux, du moins l'homme et la femme manipulés par l'homme qui les surplombe, que nous nous identifions dans ce monde ou d'une seconde à l'autre, le bureau de la vérité doit réviser le récit sociétal. Tel jour on est en guerre contre l'est, tel jour contre l'ouest, et le nombre de doigts montrés sur une main dépend de critères variables qu'aucun personnage ne peut jamais maitriser. 

L'amour, l'attirance, la sexualité, l'enfantement ont-ils une place dans un tel monde ?

Des questions que certains se posent encore aujourd'hui. 

C'est bien évidemment un univers inquiétant, une pièce qui traite son sujet frontalement. Si l'esthétique, jouant sur le contraste violant du bleu et du rouge, est soignée et n'est pas sans créer de beaux moments de poésie pure -lorsqu'il s'agit d'évoquer l'amour à contresens de l'autorité-, derrière une pluie de coquelicots, ce sont les vidéos de destruction guerrière qui triomphent dans notre esprit inquiet. Ce n'est pas une histoire qui finit bien, ce n'est pas sa vocation.

Saluons ce travail complexe et collectif qui nous permet d'aborder le chef d'oeuvre de dystopie que fut en son temps 1984, sa dimension à la fois romanesque, philosophique et politique, d'une façon tout à fait singulière et inédite, avec les outils de notre temps. Certes il nous faut déplacer le curseur historique et faire notre le questionnement qui n'est plus seulement celui d'Orwell mais celui, durable, d'un humanité qui n'atteint jamais l'homéostasie ni la paix entière et durable et se voit toujours menacée par une forme de totalitarisme qui change de visage et de nom au point de devenir parfois méconnaissable, voire invisible à l'oeil nu. L'art est alors cette loupe qui remet à notre porté les signes faibles, les changements qui adviennent.

C'est une expérience inédite que la qualité de la scénographie, de la lumière, du jeu des comédiens, nous permet d'aborder sans trahir les exigences d'un public affamé à la fois de fond et de forme, d'art vivant et d'innovation disruptive.

C'est un spectacle ambitieux mais accessible. N'hésitez pas à amener vos adolescents avec vous, même s'ils n'ont pas encore lu le livre. Ce regard pluridisplinaire pourrait bien les convaincre qu'un livre c'est beaucoup plus qu'un livre, et qu'une scène de théâtre est une dimension qu'on peut dilater à l'infini.

Un conseil, mettez vous dans le fond, pour profiter au mieux de l'expérience. De plus sachez que ce spectacle comprend des effets stroboscopiques et lumineux , mais aussi  des fréquences et des variations de volume sonore importants.


Au théâtre de l'Oulle. 

17h10 Relâche les mardis

Genre :Théâtre numérique

Adaptation , Mise en scène et Costumes : Gaële Boghossian

Création vidéo : Paulo Correia

Avec : Paulo Correia, Damien Rémy et Judith Rutkowski

Musique : Benoit Berrou

Lumières : Tiphaine Bureau

Scénographie : Collectif 8

Crédits photo : collectif 8

Collectif 8

site du collectif 8

Billeterie de la Factory/ théâtre de l'Oulle

billeterie théâtre

Programme du festival Off , la page de 1984

lien programme off





   


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