Tranche de vie, conte contemporain, "comédie familiale sur l'oubli et la transgénérationalité" ?
Sucrer les fraises, c'est un peu tout cela, une pièce universelle destinée à un jeune public et un public familial. Pourtant les adultes dont le livre préféré reste Le petit Prince de Saint Exupéry sortiront du spectacle les yeux mouillés et le sourire aux lèvres.
Sébastien Bizeau est un auteur de théâtre très doué. Il nous avait déjà conquis avec deux pièces pour adultes mêlant des problématiques contemporaines à la mythologie grecque (Heureux les orphelins puis Pourquoi les gens qui sèment). Il a un sens de la dramaturgie aiguisé et maîtrise les dialogues incisifs et véloces. Il peint des personnages complexes auxquels l'ont peut s'attacher même lorsqu'ils exprime des réalités complexes.
La compagnie hors du temps avait donc mis dès le départ la barre très haut, et voilà qu'une troisième fois, dans un registre très différent, elle nous épate encore.
Charlie, comme dans "mais ou est Charly", porte une marinière rayée de rouge et de blanc. Il a des amis très drôles qui prennent pourtant les choses très au sérieux. Il a aussi des parents inquiets bien qu'aimants et une grand mère très âgée qui perd la boule. Si Charlie ne brille pas à l'école, il brille dans la science de l'empathie et de la poésie. Avec la poésie et ses mots d'enfants spectaculaires et chantants, il trouve des solutions pour accepter la difficile déchéance de sa grand mère.
Par exemple, avec ses amis aussi dissipés que lui mais chacun dans son style, il va trouver l'ultime solution et s'attacher à un projet un peu spécial : envoyer mamie dans la lune !
Je ne vais pas tout vous raconter, mais Charlie et ses jeux de mots , Charlie et son amour pour sa grand mère autant que pour ses parents, pourrait bien rendre le chagrin de ses parents supportable avec sa tête un peu en l'air.
Sans dévoiler tous les étonnements et les ravissements qui s'enchaînent, j'ajouterais que le jeu des comédiens est à l'avenant de la qualité du texte, pourtant, jouer des enfants est un exercice périlleux pour des comédiens. D'autant plus qu'à part Charlie, ils jouent aussi d'autres personnages qui interviennent sur ce chemin familial d'accompagnement vers l'oubli et le grand voyage.
Le décors est une oeuvre d'art minutieusement étudiée qui nous éclabousse d'enfance, la marionnette qui est au centre de ce conte a de grands yeux verts qui semblent pétiller. Vous retrouverez même la signature de la compagnie avec un personnage mythologique très drôle.
Jusqu'aux costumes de la partie que je nommerai " la lune" sont à la fois parfaits et scintillent comme des étoiles. Ce soin en tout , du jeu à la mise en scène, l'éclairage, le son et bien sur le superbe texte que vous voudrez acheter pour le relire à la maison ou le rejouer en famille, forment un faisceau de bonheur qui caractérise le travail de la compagnie Hors du temps.
AA
Lors de la sortie de résidence l'enthousiasme était absolument général, les applaudissements fusaient, aussi je vous conseille de réserver rapidement, la salle comptant 49 places par représentation.
A partir de 7 ans
Interview de l'auteur sur RAJE
Salle : Chapelle des Antonins//LA FACTORY - S'y rendre

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